Je suis de plus en plus attentive à ce que font les libanais dans le monde. A part le fait qu'ils s'occupent de finances et se retrouvent dans la gestion des grandes entreprises multinationales. A part le fait qu'ils ont des fortunes colossales des fois les plus importantes au monde. A part le fait qu'ils atteignent aussi des postes politiques importants, y compris aux Etats-Unis. Ce qui est étonnant c'est le rayonnement culturel des libanais. Je dis bien des libanais et non pas du Liban.
Comme disait un intellectuel dans une conversation le Liban est ouvert à tous les vents ; tous les envahisseurs y sont passés. Rien qu'à voir à Nahr el Kelb leur signature est bien visible sur la pierre depuis des centenaires. Ce Liban balloté entre plusieurs civilisations, pour qui la période de la Nahda est terminée, est sous le coup de la perte de ses élites, de ses intellectuels, de ses artistes... Ce sont ceux-là qu'on retrouve ailleurs et qui enrichissent le patrimoine des autres peuples. Ici on n'a que les retombées.
Un article de la revue Elle, de juillet 2009, je crois, fait la liste des libanais qui présentent des œuvres au Festival d'Avignon. Il y en a bien une dizaine : théâtre et autres arts de la scène, expos divers... Un article de l'Orient le jour du 15/7/09 fait paraitre un grand article sur une romane photo signé par Lina Saneh et Rabih Mroué : photo romance à la salle Benoit XII, à Avignon. « Une journée particulière, d'Ettore Scola dans l'Italie fasciste des années 30, mais dans le contexte du Liban d'aujourd'hui. Sur fond d'engagement politique, comme dans la plupart des cas, la scène est accompagnée d'une pointe de déception.
On ne parle ici que du festival d'Avignon, car c'est le dernier sur lequel des informations sont données. Mais si on parcourt le programme d'autres festivals, on ne tarderait pas à trouver une multitude d'autres artistes libanais.
Gabriel Yared a participé cette année au Festival de Beit et Din, accompagné de l'orchestre philarmonique de Budapest. C'est la première fois qu'il se produit dans son pays d'origine. Il a joué la musique composée pour des films célèbres tels que l'amant ou « The english patient ». Juliette Binoche est présente à ses côtés et tous deux rendent hommage au réalisateur célèbre Anthony Minghella dont ils sont amis et admirateurs. Très touchant.
D'autres sont aussi venus comme le comédien Kas, comique d'origine libanaise, accueilli aussi avec beaucoup de chaleur.
Il y a aussi ceux qui ne sont venus cette année, mais qui étaient présents l'an dernier, comme Mika, qui a joué sur une Place des Martyrs, débarrassée des tentes des partisans du Hizballah/Aoun, et qui retrouvait une certaine splendeur. Abdel Rahman El Bacha n'a pas manqué aussi de jouer au piano les œuvres de Bach, où il excelle.
Je ne cite que quelques uns de ceux qui sont passés cette année.
Quant aux écrivains francophones, certains ont une grande notoriété comme Amim Maalouf, Alexandre Najjar, Khoury Ghata, les économistes comme Georges Corm et tant d'autres. La liste est longue, sans oublier de mentionner ceux qui écrivent en anglais et qui sont encore plus nombreux.
On est attentif à ce que font nos compatriotes, on essaie d'une certaine façon de les rattraper et de profiter de ce qu'ils peuvent produire. Ce serait idéal s'ils avaient pu le faire, en d'autres circonstances, dans leur patrie. En espérant que dans le futur des conditions soient crées pour que l'exode de notre élite se ralentisse et puis cesse. J'aimerai tellement être optimiste.



